
La Tour Rose, 16 rue du Bœuf : la Maison du Crible et son escalier
Photo : Rappillard, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
La Tour Rose est la tour d’escalier de la Maison du Crible, au 16 rue du Bœuf, dans le quartier Saint-Jean du Vieux Lyon. On la voit en entrant dans la cour, qui est ouverte au public tous les jours de 7 h à 19 h selon l’Office de tourisme, et c’est un décor très connu du quartier : un cylindre de crépi rose en forte saillie, percé de baies en arc, qui domine une cour étroite. La visite est brève. Voici où se trouve exactement cette cour, ce qu’on y regarde, ce que les historiens disent de sa date et de son nom, et pourquoi il ne faut pas la confondre avec l’hôtel du même nom, au 22 de la même rue.
Où se trouve la Tour Rose
La rue du Bœuf est l’une des rues parallèles à la rue Saint-Jean, côté colline. Le 16 rue du Bœuf abrite la cour de la Maison du Crible. Dans la même rue, une dizaine de numéros plus loin, le 27 rue du Bœuf est la sortie de la Longue traboule : les deux se visitent dans la même demi-heure, en remontant la rue d’un numéro à l’autre.
Pour arriver depuis la station de métro Vieux-Lyon (ligne D), on rejoint la rue du Bœuf, parallèle à la rue Saint-Jean, puis on cherche le numéro 16, qui donne accès à la cour. Le guide complet pour s’orienter dans le quartier se trouve dans le pilier visiter le Vieux Lyon.
L’Office de tourisme précise que cette cour est « parfois référencée au 22 rue du Bœuf ». Cette confusion d’adresse est source d’erreurs, car au 22 se trouve un autre établissement, l’hôtel-restaurant La Tour Rose, qui a emprunté son nom à la tour. Si votre application cartographique vous emmène au 22, six numéros séparent les deux adresses : c’est bien au 16 qu’on entre dans la cour historique.
Ce qu’on voit dans la cour
Dès l’entrée, la cour se referme autour du visiteur. Le regard est aussitôt attiré par la tour d’escalier, un cylindre de pierre et de crépi qui avance dans la cour au lieu de rester accolé au mur. La tour porte des baies en arc de cercle, qui éclairent l’escalier à vis installé à l’intérieur. On devine, par ces ouvertures, la montée des marches. Le crépi est d’un rose-ocre qui varie selon la lumière : franc en plein soleil, plus terne par temps gris.
La tour d’escalier est un élément caractéristique des maisons lyonnaises de la Renaissance. Dans les maisons étroites et profondes du quartier, l’escalier est rejeté dans la cour, ce qui libère l’intérieur des logements. L’article sur l’histoire du Vieux Lyon replace ce choix dans le contexte des marchands et des banquiers qui s’installaient dans le quartier au XVIe siècle. La Tour Rose est une version spectaculaire du modèle, parce que la tour est haute et que la cour est étroite : on la regarde forcément de bas en haut, avec un ciel étroit au-dessus.

La Ville de Lyon note que le fond de la cour s’ouvre sur des jardins en terrasse à flanc de colline, qui ne se visitent pas, car ils sont de propriété privée. L’Office de tourisme n’indique aucun accès supplémentaire. On regarde donc la cour depuis son seuil et son centre, sans chercher à monter, à entrer dans l’escalier ni à passer derrière.
L’intérêt tient à l’ensemble : la couleur, la verticalité de la tour, l’étroitesse de la cour. Pour une photographie, un grand angle ou la fonction panorama d’un smartphone, tenu à la verticale, permet d’embrasser la tour du bas jusqu’au toit ; la lumière du milieu de journée évite l’ombre dure.
Un portail attribué à Serlio, une datation qui varie
Sur l’âge de la maison, les sources ne disent pas toutes la même chose, et il faut le dire honnêtement.
La Ville de Lyon écrit que la Maison du Crible date du XVIe siècle. L’Office de tourisme, de son côté, évoque une maison du XVIIe siècle et un portail d’entrée réalisé au XVIIe siècle « selon les plans de l’architecte italien Sebastiano Serlio ». Cette formulation étonne, car Serlio, architecte italien venu en France, a travaillé dans la région au milieu du XVIe siècle : plusieurs notices historiques évoquent un séjour à Lyon entre 1548 et 1552. Des sources secondaires rapprochent donc le portail de ce séjour et présentent l’attribution à Serlio comme plausible mais prudente, fondée surtout sur le portail à bossages rustiques, qui rappelle ses modèles ; nous ne l’avons pas retrouvée dans les sources officielles.
Un détail éclaire pourtant cette hypothèse. Sebastiano Serlio a publié à Lyon, en 1551, un recueil de modèles de portails à bossages rustiques, l’Extraordinario libro di architettura. Le rapprochement entre ce recueil et le portail à bossages du 16 rue du Bœuf est une hypothèse de lecture, pas un fait établi pour cette maison précise, et elle suffit à expliquer pourquoi les notices restent prudentes.
Faut-il trancher ? Pas ici. Ce que les sources officielles autorisent à écrire se limite à ceci : la maison est de la Renaissance lyonnaise, un portail d’entrée est associé au nom de Serlio, une tour d’escalier domine la cour. L’escalier est parfois rapproché de Philibert de l’Orme, l’architecte de la galerie du 8 rue Juiverie, mais aucune source consultée ne le lui attribue de façon établie. On évitera donc d’écrire « l’escalier de Philibert de l’Orme » ou « la Tour Rose de Serlio » sans nuance : ce sont des hypothèses, pas des certitudes.
Du point de vue de la protection, en revanche, tout est précis : la maison est inscrite aux monuments historiques par arrêté du 12 avril 1937, sous la notice Mérimée PA00117886, intitulée simplement « Maison », au 16 rue du Bœuf. La notice la classe comme propriété privée. Cette inscription protège le bâtiment, elle ne donne pas de droit de visite : seule la cour est ouverte au public, dans les conditions décrites plus haut.
D’où viennent les noms « Crible » et « Tour Rose »
Le nom « Maison du Crible » apparaît surtout dans les sources à partir du XVIIe siècle. Une explication traditionnelle le rattache à un propriétaire receveur d’impôts, qui aurait « passé au crible » les mauvais payeurs : le jeu de mots est séduisant, mais il n’est pas démontré, et il s’agit probablement d’une explication populaire. L’hypothèse la plus prudente voit dans le crible, c’est-à-dire le tamis, une enseigne accrochée à la maison, comme il en existait beaucoup à Lyon pour signaler un commerce ou un métier. On ne saura sans doute jamais laquelle des deux est la bonne.
Le nom « Tour Rose » est plus récent. Il vient de la couleur de la tour d’escalier, qui est aujourd’hui d’un rose-ocre. La Ville de Lyon écrit d’ailleurs que la maison est « également dénommée Tour rose, à cause de la couleur de sa tour d’escaliers ». Le titre d’un article de Lyon Capitale, « l’histoire de la Tour Rose qui n’était pas rose », suggère que cette couleur n’a pas toujours été celle-ci. On se gardera donc de présenter le rose comme un trait d’origine du XVIe siècle.
La Tour Rose et l’hôtel La Tour Rose : ne pas confondre
C’est la confusion la plus courante. Deux choses portent le même nom dans la même rue :
| Maison du Crible (Tour Rose) | Hôtel-restaurant La Tour Rose | |
|---|---|---|
| Adresse | 16 rue du Bœuf | 22 rue du Bœuf |
| Nature | Bâtiment historique, sa cour et sa tour d’escalier, qu’on regarde librement de 7 h à 19 h | Établissement commercial, qui a pris le nom de la tour ; son activité doit être confirmée auprès de lui |
| Notre position | Cour ouverte au public selon l’Office de tourisme | Ni recommandation ni lien de réservation |
La notice de la Ville de Lyon indique que la maison du Crible accueille « aujourd’hui un hôtel et un restaurant 4 étoiles ». La conséquence pratique est simple : entrer dans la cour pour la regarder ne donne aucun droit d’accès aux salles, aux chambres ni aux terrasses de l’établissement. Le passage de la cour est une chose, la clientèle de l’hôtel en est une autre. Pour dormir dans le Vieux Lyon, l’article où dormir dans le Vieux Lyon, quartier par quartier présente des adresses distinctes et vérifiées.

Est-ce une traboule ?
Pas exactement. La Tour Rose est une cour, pas un passage : on y entre et on en ressort par la même porte. Elle ne figure d’ailleurs pas dans la liste des vingt-sept cours et traboules conventionnées du Vieux Lyon établie par la Ville de Lyon, même si l’Office de tourisme la présente comme une cour ouverte de 7 h à 19 h, toute l’année. Pour être exact, on écrira donc qu’il s’agit d’une « cour ouverte au public selon l’Office de tourisme », et non d’une des vingt-sept conventions.
Pour les vrais passages d’une rue à l’autre, le pilier sur les traboules du Vieux Lyon donne la liste complète, avec les adresses et les horaires.
Une demi-heure autour de la Tour Rose
La Tour Rose s’intègre à un petit parcours de Saint-Jean, qui peut se faire en une demi-heure à une heure selon le rythme :
- entrer par le 16 rue du Bœuf pour la cour de la Maison du Crible ;
- remonter la rue du Bœuf jusqu’au 27 rue du Bœuf, sortie de la Longue traboule, et la traverser jusqu’au 54 rue Saint-Jean ;
- rejoindre la place Saint-Jean et la cathédrale, dont les horaires officiels sont du mardi au vendredi de 8 h 30 à 18 h (19 h 30 le mercredi), le samedi de 8 h 30 à 18 h, le dimanche de 8 h à 18 h et le lundi de 14 h à 18 h ;
- poursuivre vers les musées Gadagne, 1 place du Petit Collège (du mercredi au dimanche, de 10 h 30 à 18 h), ou vers le musée Cinéma et Miniature, 60 rue Saint-Jean.
Pour être accompagné, plusieurs organisateurs proposent des visites guidées qui passent par la rue du Bœuf ; l’article sur la visite guidée du Vieux Lyon compare les formules et leurs tarifs. La question de l’origine des passages elle-même est traitée dans l’article sur l’origine du mot traboule.
Visiter avec des difficultés de déplacement
L’accessibilité de la cour n’est documentée ni par l’Office de tourisme ni par la Ville de Lyon : ces sources ne disent rien des seuils, des marches ou de la pente du passage d’entrée. Il est donc impossible de garantir qu’un fauteuil roulant ou une poussette passe sans difficulté. La précaution la plus simple consiste à regarder la porte depuis la rue avant de s’engager, puis à décider sur place. Si le passage n’est pas praticable, la rue du Bœuf elle-même offre des façades Renaissance à regarder, et la page du quartier Saint-Jean propose d’autres étapes plus faciles d’accès, comme la place Saint-Jean et ses abords.
Les règles du lieu
La cour est un espace d’habitation. Quelques règles simples, valables comme pour toutes les cours du quartier, évitent de gêner les habitants et de compromettre l’accès :
- parler à voix basse, surtout le matin et en fin de journée ;
- ne pas s’installer, ne pas pique-niquer, ne pas stationner dans la cour ;
- ne pas franchir les portes ou les escaliers qui mènent aux logements et à l’établissement ;
- photographier les murs et la tour, jamais les fenêtres ni les personnes ;
- respecter les heures : de 7 h à 19 h, pas avant ni après.
La tour d’escalier se regarde de l’extérieur. On ne monte pas, on n’entre pas : l’escalier fait partie d’une propriété privée.
À retenir
- La Tour Rose est la tour d’escalier de la Maison du Crible, au 16 rue du Bœuf ; ne pas la confondre avec l’hôtel-restaurant La Tour Rose, au 22.
- Cour ouverte tous les jours de 7 h à 19 h selon l’Office de tourisme ; gratuit ; on regarde, on ne visite pas l’intérieur.
- Maison inscrite aux monuments historiques par arrêté du 12 avril 1937 ; datation et attribution à Serlio sujettes à prudence.
- Le nom « Tour Rose » vient de la couleur de la tour ; le nom « Crible » reste d’origine incertaine.
- À combiner avec la Longue traboule (27 rue du Bœuf), la cathédrale et les musées Gadagne.
Questions fréquentes
Où se trouve la Tour Rose du Vieux Lyon ?
La Tour Rose est la tour d'escalier de la Maison du Crible, au 16 rue du Bœuf, 69005 Lyon. L'hôtel-restaurant qui porte le même nom est au 22 rue du Bœuf.
La cour de la Tour Rose est-elle ouverte au public ?
Selon l'Office de tourisme, la cour du 16 rue du Bœuf est ouverte tous les jours de 7 h à 19 h. Elle fait partie d'une propriété privée : on regarde la tour sans entrer dans l'escalier.
La Tour Rose est-elle une des 27 traboules conventionnées ?
Non : elle ne figure pas dans la liste de la Ville de Lyon. Il faut la présenter comme une cour ouverte au public selon l'Office de tourisme.
Qui a construit la Tour Rose ?
Les sources divergent. La Ville de Lyon date la maison du XVIe siècle ; l'Office associe le portail au nom de Sebastiano Serlio. Aucune attribution de l'escalier n'est établie.
Pourquoi l'appelle-t-on Tour Rose et Maison du Crible ?
Tour Rose vient de la couleur de la tour d'escalier. Crible est d'origine incertaine : peut-être une enseigne en forme de tamis, plutôt que l'image d'un receveur d'impôts.