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Vieux Lyon
Femme en manteau bordeaux debout sous un passage voûté en pierre dans une ville ancienne

Origine du mot traboule et usages des traboules à Lyon

Traboules

Le mot « traboule » est lyonnais, et son origine est incertaine : le Trésor de la langue française le dit d’« origine obscure ». Le nom lui-même n’est relevé qu’en 1925 (sous la forme « allée de traboule »), alors que le verbe « trabouler » l’est dès 1894. Quant aux traboules, ces passages couverts qui traversent un immeuble ou une suite de cours pour relier deux rues, elles sont bien plus anciennes que le mot. Dans le Vieux Lyon, elles servaient d’abord à circuler entre les rues et la Saône, avant d’être utilisées par les marchands de soie, puis, sous l’Occupation, par des résistants. Voici ce que l’on sait, ce que l’on suppose, et ce qu’il vaut mieux ne pas répéter.

Ce que dit le dictionnaire

La référence est le Trésor de la langue française informatisé, que le CNRS met en ligne sur le site du CNRTL. Sa notice contient trois informations nettes.

La première : traboule est un mot lyonnais, un « déverbal de trabouler », c’est-à-dire un nom tiré d’un verbe. On disait d’abord qu’une allée « traboulait », puis on a nommé l’allée elle-même. La deuxième : la première attestation connue du verbe est de 1894, dans Le Littré de la Grand’Côte, le glossaire du parler lyonnais que Clair Tisseur a publié sous le pseudonyme de Nizier du Puitspelu. Il y définit « une allée qui traboule » comme « une allée de traverse ». La troisième : l’expression « allée de traboule » est relevée en 1925, dans un recueil de pièces de Guignol publié à Lyon.

Autrement dit, le nom de la chose est récent dans les textes. Il serait faux d’écrire qu’on parlait de « traboules » à la Renaissance ou au Moyen Âge : on parlait d’allées, de passages, de traverses. Les passages existaient (voir nos traboules du Vieux Lyon) ; le mot qui les désigne aujourd’hui, lui, n’est documenté qu’à partir de la fin du XIXe siècle.

Deux explications qui circulent

L’étymologie du mot n’est pas tranchée. Deux hypothèses reviennent.

Trans-ambulare. C’est la plus répandue dans les brochures. Elle fait venir « traboule » du latin populaire transambulare, « passer à travers », formé de trans (« à travers ») et ambulare (« marcher »). L’historien lyonnais Amable Audin l’a popularisée, selon plusieurs sites de vulgarisation. Elle séduit, car elle décrit exactement ce que fait une traboule. Mais plusieurs sources lexicographiques la jugent fragile : le passage de transambulare à traboule demanderait des évolutions phonétiques peu plausibles, et le mot n’est attesté que très tard.

Tra- et bouler. C’est l’hypothèse de Puitspelu lui-même, citée par le dictionnaire : le mot serait formé de tra, forme de trans, et de bouler, « rouler ». Une allée qui « traboule » serait alors une allée par où l’on roule, par où l’on passe vite. Certains linguistes rapprochent d’ailleurs traboule de « débouler », ce qui irait dans le même sens : un mot de mouvement, formé en parler lyonnais.

Le dictionnaire précise un point utile : dans le parler lyonnais, « trabouler » est « beaucoup plus fréquent » que « traboule », et il s’emploie aussi bien pour des allées que pour des gens ou toutes sortes de choses. À Lyon, on peut donc « trabouler » une ville, comme l’écrit un texte de 1911 cité par la notice. Le sens est large : traverser, passer au travers.

Passage voûté de la Longue traboule, au sol de briques, avec une porte vitrée au fond
Un passage voûté de la Longue traboule, qui relie la rue Saint-Jean à la rue du Bœuf. Photo : Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Des passages bien plus anciens que le mot

Le mot est jeune ; les passages ne le sont pas. Le Vieux Lyon s’est construit entre la Saône et la colline de Fourvière, sur une bande de terrain étroite. Les parcelles y sont longues et étroites, perpendiculaires aux rues, et les maisons s’y alignent les unes derrière les autres, séparées par des cours. Pour rejoindre la rivière, ou pour passer d’une rue à la rue parallèle sans contourner tout l’îlot, on traversait les immeubles : c’est la fonction première des traboules, bien avant le commerce de la soie. L’Office de tourisme rappelle que ces passages facilitaient notamment l’accès à la Saône et aux quais.

Il ne faut donc pas penser que les traboules sont nées avec les canuts. L’industrie de la soie ne prend son essor à Lyon qu’à partir du XVIe siècle ; les passages existaient avant elle. Le plan géométral de la ville de 1773, reproduit plus haut, montre déjà un quartier serré entre Saône et colline. Pour la suite de cette histoire, du déclin au sauvetage du quartier, le pilier sur l’histoire du Vieux Lyon prend le relais.

À quoi servaient les traboules

Les usages se sont superposés au fil des siècles. Mieux vaut les distinguer clairement.

Circuler et rejoindre la Saône

Dans le Vieux Lyon, l’usage le plus ancien est le plus simple : passer d’une rue à l’autre et atteindre rapidement la Saône. Les parcelles traversantes évitaient ainsi de longs détours.

Le commerce de la soie

À partir du XVIe siècle, la soierie lyonnaise s’est développée, puis a pris une importance considérable aux XVIIIe et XIXe siècles. Les canuts, les ouvriers de la soie, travaillaient surtout sur les pentes de la Croix-Rousse. Pour porter les pièces de soie entre les ateliers, les quais et les négociants du centre, ils empruntaient les traboules. Les passages couverts offraient aux étoffes, très sensibles à l’humidité, une protection contre la pluie et la poussière. C’est ce qui explique l’association, devenue tenace, entre traboules et canuts. Mais elle vaut surtout pour la Croix-Rousse : le Vieux Lyon est d’abord un quartier de marchands, de banquiers, de clercs et d’artisans, pas un quartier d’ateliers de canuts.

Les vingt-deux traboules conventionnées de la Croix-Rousse se visitent aujourd’hui avec les mêmes règles que celles du Vieux Lyon.

Les révoltes de 1831 et de 1834

Pendant les révoltes des canuts de 1831 et 1834, les passages ont servi à disparaître d’une rue et à réapparaître dans une autre, ce qui est attesté dans les récits historiques. Certaines anecdotes ont toutefois été amplifiées par la tradition locale : on évitera de raconter des scènes précises sans source.

La Résistance sous l’Occupation

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les résistants lyonnais ont utilisé les traboules pour circuler discrètement, éviter des contrôles, semer des poursuivants ou transmettre des messages. Cet usage est attesté dans les témoignages sur la Résistance lyonnaise. Il reste pourtant un usage circonstanciel : rendu possible par la structure des immeubles et par la connaissance qu’en avaient les habitants, il ne transforme pas toutes les traboules en « passages secrets » dessinés pour la clandestinité. L’importance exacte de ce rôle fait encore l’objet de discussions entre historiens.

Cour à galeries à arcades du 60 rue Saint-Jean, dans le Vieux Lyon, sous un ciel bleu
Galeries à arcades de la cour du 60 rue Saint-Jean (maison dite des Avocats), qui abrite aujourd'hui le musée Cinéma et Miniature. Photo : Elliott Brown from Birmingham, United Kingdom, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Des maisons de marchands aux passages d’aujourd’hui

Beaucoup des cours qu’on traverse aujourd’hui sont celles de maisons bâties à la Renaissance, quand Lyon était une place marchande et financière. Louis XI y avait accordé, par des lettres du 8 mars 1463, quatre foires de quinze jours par an ; au début du XVIe siècle, une cinquantaine de maisons de banque florentines, selon le Musée des beaux-arts de Lyon, étaient installées dans le quartier, autour des rues Juiverie et Lainerie et de la place du Change. C’est dans ce Lyon d’argent que les riches familles ont fait construire leurs maisons : la galerie Renaissance du 8 rue Juiverie date de 1536 et a été édifiée par Philibert de l’Orme pour Antoine Bullioud, contrôleur général des finances. Sa galerie à trompes montre ce que pouvait être une demeure de cette époque.

Ce plan en profondeur, de la rue sur la cour puis sur une autre rue, explique sans doute en grande partie la forme des traboules actuelles. Les propriétaires d’alors ne pensaient pas à des « passages publics ». Mais en juxtaposant des bâtiments reliés par des galeries et des escaliers, ils ont créé des parcours que la ville s’est appropriés, et que la convention de 1990 a ensuite encadrés. L’article sur la Longue traboule montre ce que donne cet héritage lorsqu’il est poussé à l’extrême : cinq cours en enfilade.

Repérer une traboule ouverte dans la rue

Sur le terrain, une traboule conventionnée se reconnaît à la plaque que la Ville de Lyon appose à son entrée, car les passages restent des propriétés privées équipées d’un signalement officiel. Sans elle, une porte cochère ou un couloir voûté peut très bien ne mener qu’à un escalier privé : on ne s’y engage pas. La carte des vingt-sept adresses du pilier traboules du Vieux Lyon permet de s’orienter avant de partir, et les horaires de 7 h à 19 h valent pour tous les passages.

Traboule, cour, passage : le vocabulaire

La confusion est fréquente dans les guides, et la liste officielle de la Ville de Lyon aide à la lever. Elle distingue :

  • la cour, où l’on entre, que l’on regarde et dont on ressort par la même porte ;
  • la traboule, qui fait traverser d’une rue à une autre ;
  • la cour et traboule, qui réunit les deux : on traverse des cours successives avant de ressortir dans une autre rue.

Sur les vingt-sept conventions du Vieux Lyon, la plupart concernent de simples cours. Quelques-unes seulement relient réellement deux rues, comme le 27 rue Saint-Jean (qui débouche au 6 rue des Trois-Maries), le 40 rue Saint-Jean (vers la place Neuve Saint-Jean) et la plus célèbre, la Longue traboule, entre le 54 rue Saint-Jean et le 27 rue du Bœuf. Le mot « traboule » est cependant utilisé par habitude pour toutes ces cours ouvertes, et il n’y a pas lieu de s’en offusquer.

Les traboules aujourd’hui : conventions et règles

Il existe, selon l’Office de tourisme, environ deux cents traboules et cours dans le Vieux Lyon, dont une partie seulement est ouverte au public. Les passages ouverts sont ceux de la convention « cour / traboule », adoptée en juillet 1990 : la Ville de Lyon et la Métropole y participent à l’entretien, au nettoyage et à l’éclairage, en contrepartie d’un droit de passage piéton pour le public. Le dispositif compte cinquante cours et traboules conventionnées : vingt-sept dans le Vieux Lyon, vingt-deux à la Croix-Rousse et une dans la Presqu’île. La liste a été mise à jour en mai 2025.

L’horaire d’ouverture est le même partout : tous les jours de 7 h à 19 h, toute l’année. Les cours sont des propriétés privées, des immeubles habités. Les règles de la charte de bonnes pratiques de la Ville tiennent en deux idées, le silence et le respect des habitants. Certaines cours peuvent être provisoirement fermées, et c’est le cas, dans la liste actuelle, du 26-28 rue Saint-Jean après un sinistre sur l’escalier.

Le pilier détaille une par une l’adresse et le statut de chacune des vingt-sept conventions.

Trois idées reçues à écarter

Idée reçue Ce que l’on peut dire
Les traboules ont été creusées pour les canuts. Non : elles existaient avant le développement de la soierie ; les canuts s’en sont servis surtout à la Croix-Rousse, à partir du XIXe siècle.
Le mot traboule vient du latin transambulare. C’est une hypothèse, pas un fait. Le dictionnaire de référence parle d’origine obscure et cite l’explication de Puitspelu, tra et bouler.
Ce sont des passages secrets. Non plus : ce sont des passages ordinaires, que les habitants connaissaient, et qui ont pu servir de refuge ou de raccourci en temps de trouble. L’idée d’un réseau souterrain ou caché est un mythe de brochure.

Voir une traboule aujourd’hui

Le plus simple est de commencer par le quartier Saint-Jean, où se trouvent la Longue traboule et la cour de la Tour Rose, au 16 rue du Bœuf. Le pilier visiter le Vieux Lyon propose un itinéraire qui enchaîne ces étapes à pied, depuis la station de métro Vieux-Lyon (ligne D). Pour être accompagné, une visite guidée reste possible.

À retenir

  • Le mot « traboule » est lyonnais ; le nom est attesté en 1925, le verbe « trabouler » en 1894 ; son origine est dite obscure par le Trésor de la langue française.
  • Deux hypothèses d’étymologie : transambulare (populaire, fragile) et tra + bouler (celle de Puitspelu).
  • Les passages sont plus anciens que le mot et que la soie : d’abord circuler et rejoindre la Saône, puis transporter la soie, puis, sous l’Occupation, circuler discrètement.
  • Aujourd’hui, cinquante cours et traboules conventionnées dont vingt-sept dans le Vieux Lyon, ouvertes de 7 h à 19 h, selon une convention de juillet 1990.

Questions fréquentes

D'où vient le mot traboule ?

Le Trésor de la langue française le dit d'origine obscure. Deux hypothèses circulent : le latin transambulare, « passer à travers », et tra- (trans) plus bouler, proposée par Nizier du Puitspelu en 1894.

Depuis quand le mot traboule existe-t-il ?

Le verbe trabouler est relevé en 1894 dans le Littré de la Grand'Côte, et l'expression « allée de traboule » en 1925. Les passages, eux, sont bien plus anciens.

Les traboules ont-elles été creusées pour les canuts ?

Non. Elles existaient avant le développement de la soierie lyonnaise. Les canuts les ont surtout utilisées à la Croix-Rousse, aux XVIIIe et XIXe siècles, pour transporter la soie.

Les traboules ont-elles servi pendant la Résistance ?

Oui, c'est attesté par des témoignages : elles permettaient de circuler discrètement. Cet usage circonstanciel ne fait pas de chaque traboule un passage secret.

Combien y a-t-il de traboules ouvertes au public ?

La Ville de Lyon compte 50 cours et traboules conventionnées : 27 dans le Vieux Lyon, 22 à la Croix-Rousse et 1 dans la Presqu'île, ouvertes de 7 h à 19 h.