
La maison du Chamarier, 37 rue Saint-Jean : une demeure de chanoine entre gothique et Renaissance
Photo : Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
La maison du Chamarier, au 37 rue Saint-Jean, est l’un des plus beaux témoins du moment où Lyon passe du gothique flamboyant à la Renaissance : une demeure de chanoine remaniée entre 1496 et 1516, avec une tour d’escalier sculptée de motifs gothiques, une galerie à fresques d’inspiration italienne, un puits et une fontaine attribués à Philibert de l’Orme. Elle est classée monument historique depuis le 15 septembre 1943, mais elle reste vacante depuis 1987 : on l’admire donc d’abord comme une adresse d’histoire, sans horaire de visite publié. Cette page dit ce que l’on sait de sa construction, de ce que l’on peut voir aujourd’hui et de la rue qui l’entoure.
Qui était le chamarier, et pourquoi lui bâtir une telle maison
Le mot surprend avant de s’éclaircir. Le chamarier est un dignitaire du chapitre de la cathédrale Saint-Jean, c’est-à-dire de la communauté de chanoines qui desservait la primatiale. Selon l’Office de tourisme de Lyon, il était en charge de la sécurité, de la justice et de la voirie dans l’enclos canonial, avec douze agents de surveillance sous ses ordres. Responsable du cloître, il détenait les clefs des six portes des fortifications de la ville et percevait aussi les taxes pendant les foires. Cette dernière fonction pèse lourd à Lyon : les foires brassaient des marchands de toute l’Europe, et celui qui touchait les taxes de ces foires disposait d’un revenu et d’une influence qui n’avaient rien de négligeable.
La maison traduit cette position sociale. L’Office de tourisme précise qu’à l’époque, elle se trouvait à l’intérieur du cloître de Saint-Jean, au niveau de la porte nord, et s’appuyait contre la muraille, à la place de l’actuelle rue de la Bombarde. Pour situer cet enclos dans le quartier, la page consacrée au quartier Saint-Jean donne les repères : la cathédrale, la place Saint-Jean, puis la rue qui part vers le nord, la rue Saint-Jean.
Les parties les plus anciennes de la maison datent du XIIIe siècle, d’après l’Office de tourisme. De 1496 à 1516, de grands travaux sont entrepris pour le chanoine-comte François d’Estaing. C’est cette campagne qui donne à la maison son aspect de transition, et c’est pour cela qu’on la rapproche de la galerie de la rue Juiverie quand on parle de la Renaissance lyonnaise.
Un point de prudence s’impose sur la datation. La Ville de Lyon écrit, dans sa notice, que la maison a été « construite au milieu du XVe siècle par le chamarier de la cathédrale », alors que l’Office de tourisme retient des travaux majeurs de 1496 à 1516 sur des bases du XIIIe siècle. Les deux formulations ne se contredisent qu’en apparence : la première décrit l’origine de la demeure canoniale, la seconde la grande campagne qui la transforme en l’état que l’on voit aujourd’hui. On retiendra donc une maison ancienne, profondément remaniée à la charnière des XVe et XVIe siècles.
Une maison entre deux styles
Pour lire la maison, il faut comprendre ce que « transition » veut dire en architecture. Le gothique flamboyant, style de la fin du Moyen Âge, aime les décors sculptés, les arcs en accolade, les pinacles, les fenêtres à meneaux et les tours d’escalier qui dessinent une vis de pierre. La Renaissance, qui arrive d’Italie après les guerres d’Italie des rois de France, apporte la galerie ouverte, l’arc en plein cintre, les ordres antiques et les décors peints à l’italienne. À Lyon, où les banquiers et les marchands italiens sont nombreux, ce vocabulaire s’introduit tôt. La maison du Chamarier met les deux langages dans la même cour.
L’Office de tourisme la décrit ainsi : on peut admirer dans la cour intérieure une galerie avec des fresques italianisantes, et une tour d’escalier sculptée de motifs gothiques. Le puits Renaissance et la fontaine sont attribués à l’architecte lyonnais Philibert Delorme. Le verbe « attribués » est important : les sources consultées ne donnent pas de document qui prouverait la main de l’architecte, et il vaut mieux écrire « attribués à » que « de ». Sur Philibert de l’Orme et sa galerie de 1536, voir la page sur l’architecture Renaissance à Lyon, qui replace ce puits dans l’ensemble des cours du quartier.
La Ville de Lyon rappelle de son côté que la maison « illustre la transition entre le gothique et les prémices de la Renaissance », et ajoute qu’elle devint la résidence de la marquise de Sévigné lorsque celle-ci séjournait à Lyon. C’est une indication de la notice municipale, que nous rapportons telle quelle : elle donne une seconde vie à la maison, au XVIIe siècle, bien après François d’Estaing.

Ce que l’on peut voir aujourd’hui
C’est là que la maison déçoit parfois, et mieux vaut le savoir avant d’y aller. Selon la Ville de Lyon, elle est « actuellement vacante, à l’exception de la pâtisserie du rez-de-chaussée », et elle « doit faire l’objet d’une réhabilitation ». L’Office de tourisme confirme qu’elle est inoccupée depuis 1987. Le bâtiment n’est donc pas un musée : on ne cherche ni billetterie ni horaires, et l’on ne peut pas affirmer qu’on y entre librement.
Que reste-t-il à voir ? La façade sur la rue Saint-Jean, d’abord, qui permet de mesurer l’ancienneté de la maison dans une rue où les devantures de boutiques cachent souvent des parcelles médiévales. Ensuite, la cour : la liste officielle des cours et traboules conventionnées par la Ville de Lyon (document de mai 2025, dans lequel figurent 27 adresses du Vieux Lyon) cite la cour du 37 rue Saint-Jean sous la mention « ouverture prochaine ». Cette mention est datée : nous n’avons pas pu constater une ouverture régulière, et nous ne l’annonçons pas. Si vous passez devant la porte, regardez l’ouverture et les plaques apposées par la Ville : une cour conventionnée porte un signalement, une cour qui n’en porte pas ne doit pas être traversée.
Les règles de bon sens sont les mêmes pour toutes les cours du quartier. Les passages conventionnés sont ouverts de 7 h à 19 h, 365 jours par an, selon l’Office de tourisme ; ce sont des parties communes d’immeubles habités, et la charte des bonnes pratiques demande le silence et le respect des habitants. Pour la liste complète des adresses, la page sur les traboules du Vieux Lyon reprend les 27 conventions, avec les deux cas particuliers signalés fermés ou à ouvrir.
La rue Saint-Jean, axe du quartier
Pour comprendre la maison, il faut aussi comprendre la rue. La rue Saint-Jean est la grande voie du quartier Saint-Jean : elle part de la place du même nom, devant la cathédrale, et file vers le nord, en direction de la place du Change et du quartier Saint-Paul. Une grande partie de ce qui la borde est d’origine ancienne, et ses parcelles longues et étroites traversent l’îlot jusqu’à la rue du Bœuf, parallèle. C’est ce dispositif qui rend possibles les traboules, et c’est pourquoi la rue Saint-Jean en compte autant.
La liste officielle des conventions donne, pour cette seule rue, une série d’adresses qui se lisent comme un petit parcours. On y trouve, par numéros : le 4, le 12, le 18, le 26-28 (signalé fermé après un sinistre sur l’escalier), le 27 (cour et traboule vers le 6 rue des Trois-Maries), le 33, le 37 (la maison du Chamarier), le 40 (traboule vers le 5 place Neuve Saint-Jean selon l’Office de tourisme), le 42, le 50, le 54 (la Longue traboule, vers le 27 rue du Bœuf) et le 58. Cela représente douze adresses sur les vingt-sept conventions du Vieux Lyon : plus de quatre passages conventionnés sur dix ouvrent sur cette seule rue.
À cela s’ajoutent les adresses historiques que l’inventaire de 1997 du plan de sauvegarde cite au titre de passages anciens, comme le 9, le 19, le 24, le 46 ou le 60 rue Saint-Jean. L’inventaire date de 1997, et nous ne pouvons pas affirmer que ces passages sont ouverts en 2026 : à ne pas présenter, donc, comme des accès au public, mais comme des repères d’histoire.
Au 60 rue Saint-Jean, le musée Cinéma et Miniature
Quelques numéros plus loin, le 60 rue Saint-Jean est une autre adresse remarquable, qui montre bien ce qu’une cour de la rue peut devenir. La Ville de Lyon y situe le musée Cinéma et Miniature, qui occupe un ensemble Renaissance dont la cour à galeries superposées se voit sur la photographie ci-dessous. Pour ses horaires et sa visite, le plus sûr est la page de la Ville de Lyon ; le quartier Saint-Jean en donne le contexte. La comparaison est utile : le 60 est occupé et ouvert au public, le 37 est vacant, et les deux illustrent la manière dont les grandes maisons de la rue ont traversé les siècles.

Lire la façade, pas à pas
Si vous passez devant le 37, voici une manière simple d’observer la maison depuis la rue sans entrer, en trois temps :
- Le rez-de-chaussée. La Ville de Lyon signale une pâtisserie, seule occupation du bâtiment.
- Les étages. Levez les yeux : le rythme des fenêtres, les encadrements de pierre, les différences de hauteur entre les corps de bâtiment sont les traces des campagnes de travaux successives.
- La cour. Si une porte ouverte ou un passage conventionné vous le permet, passez à la cour : c’est là que se concentrent les éléments cités par l’Office de tourisme : la galerie à fresques italianisantes, la tour d’escalier sculptée, le puits et la fontaine. Dans les cours lyonnaises de cette époque, l’escalier prend souvent la forme d’une tour qui dessert les étages, et son décor annonce la richesse de la demeure.
Enfin, replacez la maison dans le quartier. La cathédrale est à proximité, au sud de la rue ; l’ancien enclos du cloître explique qu’une demeure de chanoine se trouve si près de la primatiale. Pour ce côté religieux de Saint-Jean, nous renvoyons les lecteurs à la page sur la cathédrale : ici, l’angle est celui de la maison et de son architecture.
Une adresse protégée, une maison en attente
Le classement au titre des monuments historiques date du 15 septembre 1943, selon l’Office de tourisme. C’est un statut de protection fort, qui soumet les travaux à un contrôle. Il est plus ancien que le secteur sauvegardé du Vieux Lyon, créé en 1964 par arrêté du 12 mai, et que l’inscription de 1998 au sein du Site historique de Lyon à l’UNESCO, qui couvre 427 hectares. La maison relève donc de plusieurs protections superposées, comme beaucoup d’immeubles du quartier :
| Protection | Date | Portée |
|---|---|---|
| Monument historique | 15 septembre 1943 | L’édifice lui-même |
| Secteur sauvegardé du Vieux Lyon | Arrêté du 12 mai 1964 | Tout le tissu ancien |
| Site historique de Lyon (UNESCO) | 1998 | 427 hectares, dont le Vieux Lyon |
Ainsi, le secteur sauvegardé encadre les travaux de tout le tissu ancien, le classement vise l’édifice lui-même.
Le fait que la maison soit inoccupée depuis 1987 n’est pas rare dans un quartier restauré par vagues : les grandes demeures coûtent cher à remettre en état, et les projets de réhabilitation prennent du temps. La notice de la Ville de Lyon est claire sur ce point : la maison « doit faire l’objet d’une réhabilitation ». Nous n’avons trouvé aucune source officielle donnant une date de réouverture ou un calendrier de chantier : ce serait donc une invention de promettre une visite dans un an ou deux.
Organiser sa venue
La maison du Chamarier est à pied de la cathédrale, au 37 rue Saint-Jean, dans le quartier le plus fréquenté du Vieux Lyon. L’Office de tourisme indique les accès suivants :
- métro ligne D, arrêt Vieux-Lyon Cathédrale Saint-Jean ;
- bus C20, 27 et 31, même arrêt ;
- funiculaires vers Saint-Just et Fourvière depuis la même station (horaires sur tcl.fr).
Les pages pratiques du guide détaillent les alternatives de transport.
Pour une visite cohérente, mieux vaut intégrer la maison à un parcours qui commence à la cathédrale, descend la rue Saint-Jean avec des arrêts devant les portes de traboules conventionnées, puis rejoint la place du Change. Le guide pour visiter le Vieux Lyon propose des itinéraires de ce type, avec la durée de chaque étape.
Un dernier mot sur les horaires : les passages conventionnés sont ouverts de 7 h à 19 h, selon l’Office de tourisme, et la fiche de la Longue traboule mentionne une ouverture jusqu’à 20 h en été, information que nous n’avons trouvée que sur cette fiche. Hors de ces heures, les cours redeviennent privées.
Sources et points de vigilance
Les informations de cette page proviennent de deux notices officielles : la fiche de l’Office de tourisme de Lyon sur la maison du Chamarier, dont la dernière mise à jour affichée est du 16 avril 2025, et la notice de la Ville de Lyon. S’y ajoutent la liste des cours et traboules conventionnées de la Ville de Lyon (mai 2025) et l’inventaire de 1997 du plan de sauvegarde du Vieux Lyon pour les adresses historiques.
Trois points restent à vérifier avant un déplacement : l’ouverture éventuelle de la cour, la nature exacte des travaux annoncés et l’état du rez-de-chaussée commercial. Aucune de ces informations n’est publiée avec un calendrier. Si l’une d’elles change, la fiche pratique ci-dessus sera mise à jour avec une nouvelle date de vérification.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la maison du Chamarier ?
Une demeure du Vieux Lyon, au 37 rue Saint-Jean, construite pour le chamarier de la cathédrale Saint-Jean. Ses parties les plus anciennes datent du XIIIe siècle ; de 1496 à 1516, de grands travaux sont menés pour le chanoine-comte François d'Estaing. Elle est classée monument historique depuis le 15 septembre 1943 (Office de tourisme de Lyon).
Peut-on visiter la maison du Chamarier ?
Aucun horaire de visite n'est publié. Selon la Ville de Lyon, la maison est vacante, à l'exception de la pâtisserie du rez-de-chaussée, et doit faire l'objet d'une réhabilitation. La liste des cours conventionnées de la Ville (mai 2025) cite la cour du 37 rue Saint-Jean avec la mention « ouverture prochaine » : il faut vérifier sur place.
Qu'est-ce qu'un chamarier ?
Un dignitaire du chapitre de la cathédrale. Selon l'Office de tourisme, il était en charge de la sécurité, de la justice et de la voirie du cloître, détenait les clefs des six portes des fortifications de la ville et percevait les taxes pendant les foires.
Qui a réalisé le puits et la fontaine de la cour ?
Ils sont attribués à l'architecte lyonnais Philibert Delorme (de l'Orme) par l'Office de tourisme. Le mot « attribués » est à conserver : les sources consultées ne citent pas de document qui en apporte la preuve.
Comment aller à la maison du Chamarier ?
Par le métro, ligne D, station Vieux-Lyon, ou par les bus C20, 27 et 31, arrêt Vieux-Lyon Cathédrale Saint-Jean, d'après l'Office de tourisme. La maison est au 37 rue Saint-Jean, à proximité de la cathédrale.