
Le secteur sauvegardé du Vieux Lyon : de la loi Malraux à l'arrêté de 1964
Photo : P. Marchisio (plan de 1890), domaine public, via Wikimedia Commons.
Le Vieux Lyon est le premier secteur sauvegardé de France : un arrêté interministériel du 12 mai 1964 l’a placé sous ce régime, deux ans après la loi Malraux du 4 août 1962 qui créait l’outil. Concrètement, cela signifie qu’au lieu de raser le quartier pour le moderniser, on a décidé de le restaurer immeuble par immeuble sous le contrôle de l’État et de la Ville. C’est ce choix qui explique que l’on puisse encore marcher aujourd’hui entre des façades du XVe et du XVIe siècle. Cette page raconte comment on en est arrivé là, ce que contient le plan de sauvegarde et ce qui en reste pour le visiteur.
Avant 1962 : restaurer ou détruire
Au début des années 1960, le Vieux Lyon est au centre d’une question tranchée en ces termes par les Archives municipales de Lyon : fallait-il restaurer ou détruire ? Le quartier est vieux, dense, souvent insalubre, et les projets de voirie et de rénovation des grandes villes d’après-guerre le menacent. Selon le site patrimoine-lyon.org, géré par la Ville, des projets de démolition et de voie express, sous le mandat de Louis Pradel, maire de Lyon de 1957 à 1976, ont été évités.
Face à ces projets, une association joue un rôle décisif : La Renaissance du Vieux-Lyon, fondée en 1946, d’après la Ville du 5e arrondissement et patrimoine-lyon.org. Les Archives de Lyon la décrivent comme l’une des forces qui, avec la loi Malraux, ont poussé le maire à choisir la restauration. Son action est pédagogique autant que militante : visites du quartier, concours de vitrines, carnaval, fêtes diverses, et même une permanence de conseils aux artisans et commerçants désireux d’améliorer leurs façades.
La loi Malraux du 4 août 1962
La loi n° 62-903 du 4 août 1962, dite loi Malraux, complète la législation sur la protection du patrimoine historique et esthétique de la France et crée les secteurs sauvegardés. Elle est présentée par André Malraux, ministre de la Culture, à l’Assemblée nationale le 24 juillet 1962. Les Archives de Lyon citent un extrait de ce discours qui résume la doctrine : « Une opération de restauration consiste à conserver au quartier considéré son style propre, tout en transformant les aménagements internes des édifices de façon à rendre l’habitat moderne et confortable. »
C’est une rupture. Jusque-là, on classait un monument isolé ; la loi permet de protéger un quartier entier, avec ses rues, ses places, ses cours et ses immeubles ordinaires, et d’y imposer un plan de restauration. Le principe repose sur un équilibre : conserver l’extérieur, adapter l’intérieur pour que l’on continue d’y vivre. C’est ce qui distingue un secteur sauvegardé d’un musée à ciel ouvert.
L’arrêté du 12 mai 1964
Le Vieux Lyon devient le premier secteur sauvegardé de France par l’arrêté ministériel du 12 mai 1964, selon les Archives de Lyon et l’Office de tourisme. Le périmètre couvre les trois quartiers : Saint-Jean, Saint-Paul et Saint-Georges, au pied de la colline de Fourvière. Selon les Archives municipales, il s’étend sur une trentaine d’hectares et compte environ 500 immeubles, représentant quelque 4 000 logements (chiffres de l’exposition de 1995). Pour comparer avec une autre ville historique, le guide patrimoine urbain protégé : secteurs sauvegardés, SPR et visite d’une ville historique explique la différence entre monument historique, abords et site patrimonial remarquable, avec l’exemple de Belfort.
Les chiffres de superficie ne sont pas toujours identiques d’une source à l’autre, et il faut le dire. L’Office de tourisme parle de 24 hectares pour l’ensemble Renaissance ; les Archives, de « trente hectares » pour le secteur sauvegardé ; d’autres notices donnent 25 hectares ou plus. L’écart tient à ce que chaque source mesure : l’ensemble bâti Renaissance ou le périmètre réglementaire. Pour un visiteur, la comparaison avec le périmètre UNESCO, beaucoup plus vaste (427 hectares), est plus utile que la querelle des hectares.

Le plan de sauvegarde, de 1964 à 1994
Un secteur sauvegardé ne vit pas par son seul arrêté : il lui faut un plan de sauvegarde et de mise en valeur, le PSMV, qui précise ce que l’on conserve, ce que l’on peut démolir et ce que l’on peut transformer. L’histoire de celui du Vieux Lyon, qui prolonge l’histoire plus large du quartier, est longue et mouvementée, et les Archives de Lyon la racontent précisément.
Le premier projet est confié à l’architecte en chef des Monuments historiques André Donzet. Il prévoit des démolitions importantes : un front bâti sur la montée du Chemin-Neuf, la construction d’un nouveau pont sur la Saône, le redressement de la rue Carriès avec un immeuble neuf, des jardins dans la boucle du Chemin-Neuf, la suppression de la rue François-Vernay. Jugé trop interventionniste, ce plan est abandonné.
Une nouvelle étude est confiée en 1977 à son successeur, Jean-Gabriel Mortamet. Celui-ci établit un nouveau plan en concertation avec les usagers, les associations, les services de la Ville et les élus. Son objectif est de protéger le patrimoine bâti avec un minimum de démolitions et de proposer des solutions pour le mettre en valeur ; il vise aussi à modifier l’usage des rues et des espaces publics, à protéger et aménager les espaces verts, à créer des équipements de quartier et à améliorer le confort des logements, pour maintenir sur place la population, soit près de 8 000 habitants.
La procédure est longue : le plan est soumis à enquête publique à l’automne 1981, examiné en 1982 par la Commission locale du secteur sauvegardé, puis approuvé après examen de la Commission nationale et du Conseil d’État. Il est modifié en 1988 par le préfet du Rhône (mise à jour d’éléments et du statut d’un immeuble frappé d’un arrêté de péril). Une révision est prescrite en 1992 par le conseil de la communauté urbaine pour des modifications ponctuelles, et le projet est accepté dans sa globalité par la Commission nationale en juin 1994.
| Date | Étape | Source |
|---|---|---|
| 1946 | Fondation de La Renaissance du Vieux-Lyon | Ville du 5e |
| 4 août 1962 | Loi Malraux sur les secteurs sauvegardés | Ministère de la Culture |
| 12 mai 1964 | Arrêté créant le secteur sauvegardé du Vieux Lyon | Archives de Lyon, Office de tourisme |
| 1977 | Nouvelle étude du plan confiée à J.-G. Mortamet | Archives de Lyon |
| Automne 1981 | Enquête publique sur le plan de sauvegarde | Archives de Lyon |
| 1988 | Modification du plan par le préfet | Archives de Lyon |
| Juillet 1990 | Convention de la Ville de Lyon sur les cours et traboules | Office de tourisme |
| Juin 1994 | Acceptation globale par la Commission nationale | Archives de Lyon |
| 1998 | Inscription du Site historique de Lyon à l’UNESCO | UNESCO |
Ce que contient un plan de sauvegarde
Un plan de sauvegarde et de mise en valeur comprend, en règle générale, trois éléments :
- un rapport de présentation, qui analyse le quartier ;
- des documents graphiques, qui désignent chaque immeuble ;
- un règlement, opposable aux travaux.
Les documents graphiques distinguent les immeubles à conserver, ceux qui peuvent être modifiés et ceux dont la démolition ou la transformation est possible, souvent à l’occasion d’une opération d’aménagement. C’est ce classement, parcelle par parcelle, qui a permis de résister à l’idée d’un quartier traité d’un bloc, et qui donne son enjeu aux projets étudiés par les Archives de Lyon : parmi eux, certains, « souvent contestés », préconisaient des démolitions en cœur d’îlot pour dégager des espaces libres, précisément là où se trouvent les cours que l’on visite aujourd’hui.
Restaurer : qui a payé, qui a fait quoi
Le plan fixe les règles, mais ce sont les chantiers qui transforment un quartier. Selon les Archives de Lyon, les restaurations se sont poursuivies « bon an mal an » pendant l’élaboration du plan, la plupart de façon exemplaire. Depuis 1982, elles ont été réalisées sous la forme d’une initiative publique avec une OPAH (opération programmée d’amélioration de l’habitat), et par des organismes d’HLM ou assimilés. Les propriétaires privés ont agi de leur côté, avec l’aide des associations foncières urbaines libres (AFUL).
Cette combinaison explique l’aspect actuel du quartier : des immeubles restaurés selon des règles communes, mais par des acteurs très différents. Les Archives notent aussi que, malgré quelques réserves du côté de Saint-Georges, le Vieux Lyon est devenu « une entité homogène qui offrait une résistance unie à l’appétit des démolisseurs et des promoteurs ». L’objectif social, maintenir les habitants, n’est pas anecdotique : sans lui, le quartier serait devenu un décor.
Ce que le plan change pour le visiteur
Pour qui marche dans le quartier, le secteur sauvegardé se lit à trois endroits :
- Les façades. Les travaux sur les immeubles du secteur sont encadrés par le règlement du plan et soumis à autorisation. Le résultat visible, rue Saint-Jean ou rue du Bœuf, est un ensemble aux tonalités voisines, du crépi ocre au rose, avec des encadrements de pierre claire.
- Les cours et les traboules. Le plan protège les cours comme éléments du tissu ancien. En juillet 1990, la Ville de Lyon a signé avec les propriétaires la convention qui donne un droit de passage public piéton dans les cours conventionnées, avec une participation de la Ville et de la Métropole à l’entretien, au nettoyage et à l’éclairage, selon l’Office de tourisme. Il existe 50 cours et traboules conventionnées à Lyon, dont 27 dans le Vieux Lyon, ouvertes de 7 h à 19 h. La page des traboules du Vieux Lyon en donne les adresses.
- Les rues. Le plan visait à modifier l’usage des rues et des espaces publics ; le quartier est aujourd’hui presque entièrement pavé, ce que l’Office de tourisme signale en conseillant d’éviter les talons hauts. Les trois quartiers restent lisibles séparément : Saint-Jean autour de la cathédrale, Saint-Paul au nord, Saint-Georges au sud.

Secteur sauvegardé, site patrimonial remarquable : la mise à jour du nom
Le terme « secteur sauvegardé » n’est plus celui de la loi aujourd’hui. La loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine a regroupé les anciens secteurs sauvegardés dans la catégorie des sites patrimoniaux remarquables. Le Vieux Lyon relève ainsi du régime des sites patrimoniaux remarquables, et son plan de sauvegarde et de mise en valeur continue de s’appliquer : c’est lui qui donne le règlement opposable aux travaux sur les immeubles. Le rapport de présentation du PSMV, publié par le Grand Lyon, décrit le Vieux Lyon comme un ensemble qui s’étend « le long de la Saône, au pied de la colline de Fourvière, de Saint-Paul à Saint-Georges ».
Il ne faut pas confondre trois protections différentes qui se superposent dans le quartier. Le secteur sauvegardé (devenu site patrimonial remarquable) protège un tissu urbain et ses règles de travaux. Le classement ou l’inscription au titre des monuments historiques protège un édifice particulier : la maison du Chamarier, protégée au titre des monuments historiques le 15 septembre 1943, en est un exemple. L’inscription à l’UNESCO, en 1998, reconnaît la valeur universelle exceptionnelle d’un ensemble urbain bien plus large que le Vieux Lyon, qui n’en est qu’une partie.
Pourquoi cette histoire compte pour la visite
Comprendre le secteur sauvegardé, c’est comprendre pourquoi le quartier est habité. Le plan voulait maintenir près de 8 000 habitants sur place (chiffre de 1995) : les cours sont donc des parties communes d’immeubles habités, et les règles de la charte des bonnes pratiques (silence, respect) ne sont pas une formalité. C’est aussi pourquoi le visiteur trouve, dans la même rue, des logements, des commerces et des musées, et non un décor figé.
C’est enfin ce qui explique que l’on puisse lire la Renaissance lyonnaise sans la chercher : les cours, les galeries et les escaliers en vis décrits dans la page sur l’architecture Renaissance à Lyon existent encore parce qu’un premier plan jugé trop interventionniste, avec ses démolitions et ses percements, a été abandonné au profit d’un second qui limite les démolitions. Pour la suite de l’histoire, de Lugdunum à l’UNESCO, la page sur l’histoire du Vieux Lyon donne le fil complet, et le guide pour visiter le Vieux Lyon transforme ces repères en parcours.
Sources et limites
Les dates et les faits de cette page viennent de l’exposition « Vieux-Lyon, 30 ans de secteur sauvegardé » (Archives municipales de Lyon, 1995), consultable sur le site des Archives de Lyon, de la page du ministère de la Culture sur la loi Malraux du 4 août 1962, de la fiche de l’Office de tourisme sur le quartier du Vieux Lyon, du site patrimoine-lyon.org et de la notice de la Ville du 5e arrondissement, consultés le 2 novembre 2026.
Deux limites sont à connaître. D’abord, la date d’approbation formelle du PSMV n’est pas indiquée par les sources consultées : on s’en tient aux étapes que les Archives datent (1981, 1982, 1988, 1992, 1994). Ensuite, l’exposition des Archives date de 1995 : les chiffres d’immeubles, de logements et d’habitants sont ceux de cette époque, et non un recensement actuel.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un secteur sauvegardé ?
Un quartier historique protégé par la loi Malraux du 4 août 1962, dont les travaux sont encadrés par un plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV). Depuis la loi du 7 juillet 2016, les secteurs sauvegardés relèvent du régime des sites patrimoniaux remarquables.
Quand le Vieux Lyon est-il devenu secteur sauvegardé ?
Par l'arrêté ministériel du 12 mai 1964, selon les Archives de Lyon et l'Office de tourisme : c'est le premier secteur sauvegardé de France.
Quelle est la superficie du secteur sauvegardé ?
Les Archives de Lyon indiquent une trentaine d'hectares et environ 500 immeubles. L'Office de tourisme parle de 24 hectares pour l'ensemble Renaissance : les sources ne mesurent pas le même périmètre.
Qui a sauvé le Vieux Lyon ?
Selon les Archives de Lyon, c'est la loi Malraux et la pression de l'association La Renaissance du Vieux-Lyon, fondée en 1946, qui ont conduit le maire Louis Pradel à opter pour la restauration plutôt que pour la destruction.
Qu'est-ce que cela change pour le visiteur ?
Le quartier est resté habité et lisible : façades restaurées, rues pavées, cours accessibles. Depuis juillet 1990, 27 cours et traboules du Vieux Lyon sont conventionnées par la Ville de Lyon et ouvertes de 7 h à 19 h, selon l'Office de tourisme.