
Architecture Renaissance à Lyon : cours, galeries et escaliers à vis du Vieux Lyon
Photo : Victor Grigas, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
L’architecture Renaissance du Vieux Lyon ne se regarde pas depuis la rue : elle se cache derrière des portes, dans des cours où montent des escaliers en vis, où s’empilent des galeries à arcades et où s’ouvrent des puits. Les façades sur rue restent étroites et sobres ; l’essentiel du décor est à l’intérieur de l’îlot, ce qui explique que le quartier soit si lié aux traboules. Selon l’Office de tourisme de Lyon, le Vieux Lyon réunit « ses cours, tours-escaliers, galeries à l’italienne » sur 24 hectares, l’un des plus vastes ensembles Renaissance d’Europe. Cette page donne le vocabulaire pour les reconnaître, puis six adresses précises où les voir.
Pourquoi la Renaissance s’est installée à Lyon
Lyon n’a pas été une capitale de cour au XVIe siècle, mais une ville de foires. Selon le dossier du centre Millénaire 3 du Grand Lyon, des lettres de Louis XI du 8 mars 1463 accordent quatre foires de quinze jours par an, et des foires existaient déjà dès 1420. Marchands et banquiers y affluent, notamment des Italiens : le dossier pédagogique de l’exposition « Renaissance » du musée des beaux-arts de Lyon compte une cinquantaine de maisons de banque florentines au début du XVIe siècle, parmi lesquelles les Guadagni, les Capponi, les Gondi, les Strozzi, installées entre la rue Juiverie, la rue Lainerie et la place du Change.
Ces fortunes cherchent à se loger et à se montrer. Dans un quartier serré entre la Saône et la colline de Fourvière, elles aménagent plutôt, sur des parcelles longues et étroites, des ensembles de corps de logis autour de cours. Le décor passe des façades vers l’intérieur, et c’est à l’intérieur que se joue la compétition de prestige. Pour le contexte économique de cette époque, voir l’histoire du Vieux Lyon et le détail sur les Florentins, les foires et la banque.
Le vocabulaire en quelques mots
Quelques termes suffisent pour lire ce que l’on voit dans une cour.
- La cour n’est pas un jardin mais un espace de distribution : elle donne le jour aux pièces et relie plusieurs corps de logis.
- L’escalier en vis tourne autour d’un axe central ; il peut être placé dans une tour d’escalier saillante, visible depuis la cour, qui dessert les étages.
- La galerie est un couloir ouvert sur la cour par des arcades ; elle remplace parfois l’escalier ou le complète. On parle de galeries superposées quand elles se répètent d’étage en étage.
- La trompe est une petite voûte en demi-cône qui permet de porter une pièce en saillie au-dessus du vide.
- Les ordres antiques (dorique, ionique, corinthien) sont les systèmes de colonnes et de chapiteaux empruntés à Rome et à la Grèce.
- Le gothique flamboyant est le style de la fin du Moyen Âge, aux décors sculptés, aux arcs en accolade et aux fenêtres à meneaux ; la Renaissance ne l’efface pas d’un coup, les deux langages coexistent un temps.
Six adresses pour lire la Renaissance lyonnaise
| Adresse | Ce que l’on y voit | Source |
|---|---|---|
| 8 rue Juiverie, hôtel Bullioud | galerie sur trompes de Philibert de l’Orme, 1536 | Ville de Lyon, Office de tourisme |
| 1 place du Petit Collège, hôtel de Gadagne | grande cour à galeries, escaliers en vis | musées Gadagne, Ville de Lyon |
| 16 rue du Bœuf, maison du Crible | tour d’escalier de la cour, dite Tour Rose | Office de tourisme |
| 54 rue Saint-Jean, la Longue traboule | escalier en vis dans la première cour, cinq cours | Office de tourisme |
| 37 rue Saint-Jean, maison du Chamarier | transition entre gothique et Renaissance | Office de tourisme |
| 2 place du Change, maison Thomassin | façade gothique du XVe siècle, plafond peint du XIIIe | Ville de Lyon |
L’hôtel Bullioud, 8 rue Juiverie : la galerie de 1536
C’est l’exemple le plus cité, et il mérite son rang. Selon la Ville de Lyon, l’hôtel est la propriété d’Antoine Bullioud en 1536 ; il est constitué par la réunion d’un ensemble complexe de sept corps de bâtiments, répartis sur deux cours. C’est dans la seconde cour que Philibert de l’Orme construit la galerie qui porte son nom, pour relier deux corps de bâtiments en conservant une certaine symétrie.
Le propos de l’architecte est de relier sans encombrer. Selon le site patrimoine-lyon.org, géré par la Ville, la cour est assez petite et ne devait pas être amputée, pas plus que le puits existant ; il conçoit donc une loggia contrebutée par deux tourelles sur trompes, avec un seul pilier central. La Ville ajoute un fait d’histoire de l’art important : cette galerie est l’un des premiers exemples de superposition des ordres antiques (dorique et ionique) dans la construction française, directement inspirée du modèle romain du Colisée, et elle marque une rupture avec le répertoire flamboyant encore en usage à Lyon à l’époque.
La visite est simple : l’Office de tourisme et la Ville indiquent un accès libre à cette cour, qui figure aussi parmi les 27 cours et traboules conventionnées, ouvertes de 7 h à 19 h. L’allée d’entrée est voûtée d’ogives et la première cour a un puits dont, selon patrimoine-lyon.org, seuls le dais et son blason sont d’époque. On y arrive par la rue Juiverie, au cœur du quartier Saint-Paul, où se concentrent les banquiers florentins de la première moitié du siècle.

L’hôtel de Gadagne, 1 place du Petit Collège : la grande cour
L’hôtel de Gadagne, qui abrite aujourd’hui les musées Gadagne, est d’abord l’hôtel des Pierrevive, un hôtel particulier construit au début du XVIe siècle par les frères Pierrevive, riche famille piémontaise de marchands d’épices, d’après le site des musées Gadagne. En 1545, les Gadagne (Guadagni), richissimes banquiers florentins, achètent la parcelle nord aux Pierrevive, et l’hôtel garde leur nom. Les bâtiments des 10, 12 et 14 rue de Gadagne sont classés monument historique depuis le 5 octobre 1920. Le musée présente Gadagne comme « le plus vaste ensemble Renaissance de Lyon ».
Sa pièce maîtresse est la grande cour : les façades, le puits et les galeries nord qui relient les deux bâtiments datent du XVIe siècle, et trois teintes de façade témoignent des évolutions de l’édifice au fil des siècles. Le grand escalier, à noyau tors et balustre de pierre intégrée, a été construit vers 1515 par les Pierrevive et dessert tous les étages ; il ouvrait alors sur l’entrée principale de la maison. C’est l’exemple de l’hôtel particulier lyonnais à grande échelle, là où la galerie de Philibert de l’Orme est un morceau d’architecture dans un ensemble modeste. Les musées Gadagne (musée d’histoire de Lyon et musée des arts de la marionnette) sont ouverts du mercredi au dimanche, de 10 h 30 à 18 h, selon la Ville de Lyon ; le billet unique est affiché à 8 € plein tarif et 6 € en tarif réduit à la date du 2 novembre 2026, avec renvoi au site gadagne-lyon.fr pour les tarifs à jour.
La maison du Crible, 16 rue du Bœuf : la tour d’escalier
Dans la rue du Bœuf, parallèle à la rue Saint-Jean, la cour de la maison du Crible illustre un dispositif très lyonnais : l’escalier logé dans une tour saillante, vue depuis la cour. Cette cour, connue sous le nom de Tour Rose, est signalée par l’Office de tourisme comme ouverte tous les jours de 7 h à 19 h. La maison est inscrite monument historique par arrêté du 12 avril 1937 (notice Mérimée PA00117886) et le portail d’entrée du XVIIe siècle serait, selon l’Office, réalisé « selon les plans de l’architecte italien Sebastiano Serlio ». Attention à une confusion fréquente : l’hôtel La Tour Rose, au 22 rue du Bœuf, est un établissement distinct.
Une prudence : cette cour ne figure pas dans la liste des 27 conventions de la Ville de Lyon, mais sur la base de l’Office de tourisme. On la présente donc comme une cour ouverte au public selon l’Office, sans la compter parmi les conventions. La datation de l’escalier fait aussi l’objet d’indications secondaires (entre 1548 et 1552), à prendre avec réserve tant qu’une source officielle ne la confirme pas.
La Longue traboule, 54 rue Saint-Jean : cinq cours, un escalier en vis
Entre le 54 rue Saint-Jean et le 27 rue du Bœuf, la Longue traboule traverse cinq cours et quatre bâtiments, d’après l’Office de tourisme. Les points à repérer sont la façade du XVIe siècle côté rue du Bœuf et l’escalier en vis de la première cour. C’est la meilleure illustration du lien entre architecture de cour et traboule : on traverse l’îlot en passant d’une cour à l’autre, et chaque cour a son escalier ou sa galerie. Le détail du parcours est donné dans la page sur la traboules du Vieux Lyon.
La maison du Chamarier, 37 rue Saint-Jean : la transition
À quelques portes de là, au 37 rue Saint-Jean, la maison du Chamarier montre l’état précédent : une demeure de chanoine, remaniée de 1496 à 1516, avec une galerie à fresques italianisantes et une tour d’escalier sculptée de motifs gothiques. Elle est vacante, et l’on ne peut pas garantir l’accès à la cour ; la page consacrée à la maison du Chamarier en détaille le statut.
La maison Thomassin, 2 place du Change : avant la Renaissance
Pour apprécier la rupture, il faut voir ce qui précédait. Selon la Ville de Lyon, la maison Thomassin est l’une des plus anciennes maisons de Lyon, construite au XIIIe siècle pour les comtes de Feurs et agrandie au XVe siècle par Claude Thomassin, conservateur des foires et capitaine de la ville. Sa façade du XVe siècle, de style gothique, porte les blasons du dauphin, du roi Charles VIII et de la duchesse Anne de Bretagne ; l’intérieur abrite un plafond peint de la fin du XIIIe siècle, aux armes de Saint Louis et de Blanche de Castille, classé monument historique, « sans doute l’un des plus anciens de France » selon la même source. La place du Change est un repère facile, à l’entrée du quartier Saint-Paul.
Philibert de l’Orme et l’influence italienne
Philibert de l’Orme (ou Delorme) est l’architecte lyonnais auquel on attribue les œuvres majeures de cette période dans le quartier : la galerie de l’hôtel Bullioud en 1536, et, selon l’Office de tourisme, le puits et la fontaine de la maison du Chamarier. Il introduit à Lyon un vocabulaire savant inspiré de l’Antiquité romaine : ordres antiques, voûtes d’arêtes, trompes, composition symétrique. Mais l’influence italienne ne passe pas que par lui. Elle passe aussi par les marchands et les banquiers qui commandent les chantiers, et par les décors peints à l’italienne, comme les fresques de la galerie de la maison du Chamarier.

Comment regarder une cour : cinq gestes
Une cour se lit comme un petit livre, dans un ordre qui évite de manquer l’essentiel.
- Entrez par la porte, pas par le regard. Avant de lever les yeux, repérez la forme de l’allée d’entrée : voûtée d’ogives, comme à l’hôtel Bullioud, ou en berceau.
- Cherchez l’escalier. Il est souvent la pièce maîtresse : en vis dans une tour saillante, ou dans une cage ouverte sur la galerie.
- Comptez les niveaux de galeries. Des arcades superposées sont la signature d’un grand hôtel ; des galeries irrégulières signalent plusieurs campagnes de travaux.
- Regardez la matière. Pierre dorée de la région, enduits ocre ou roses, encadrements en pierre claire : les couleurs du quartier viennent de là.
- Repérez le puits ou la fontaine. Éléments d’apparat autant que d’usage, ils sont parfois plus récents que le bâtiment, comme au 8 rue Juiverie.
Avant d’y aller
Les cours conventionnées sont ouvertes de 7 h à 19 h, 365 jours par an, selon l’Office de tourisme, et la fiche de la Longue traboule mentionne une ouverture jusqu’à 20 h en été, indication qui ne figure que sur cette fiche. La liste officielle de la Ville de Lyon, mise à jour en mai 2025, compte 27 adresses au total dans le Vieux Lyon, dont 2 sont signalées fermées ou pas encore ouvertes. Ce sont des immeubles habités : silence et respect des habitants sont demandés par la charte des bonnes pratiques.
Pour construire un parcours, partez de la place du Change, remontez la rue Juiverie jusqu’au 8, passez dans la rue du Bœuf pour le 16, puis rejoignez la place du Petit Collège et l’hôtel de Gadagne. L’itinéraire est détaillé dans le guide pour visiter le Vieux Lyon, et l’on y accède par le métro ligne D, station Vieux-Lyon, selon la Ville de Lyon.
Sources
Les faits de cette page viennent de la notice de la Ville de Lyon sur l’hôtel Bullioud, de celle sur la maison Thomassin, de la fiche de l’Office de tourisme sur la galerie Philibert de l’Orme et de la page de l’Office sur les traboules et cours de Lyon, consultées le 2 novembre 2026.
Questions fréquentes
Où voir la galerie de Philibert de l'Orme à Lyon ?
Au 8 rue Juiverie, dans l'hôtel Bullioud. La galerie a été construite en 1536 pour Antoine Bullioud. L'Office de tourisme et la Ville de Lyon indiquent un accès libre ; la cour figure aussi parmi les 27 cours conventionnées, ouvertes de 7 h à 19 h.
Qu'est-ce qu'une trompe en architecture ?
Une petite voûte en demi-cône qui permet de porter une pièce en saillie au-dessus du vide. La galerie de l'hôtel Bullioud repose sur deux trompes, selon la Ville de Lyon.
La Tour Rose est-elle une traboule conventionnée ?
Non : la cour du 16 rue du Bœuf ne figure pas dans la liste des 27 conventions de la Ville de Lyon. L'Office de tourisme la présente comme une cour ouverte tous les jours de 7 h à 19 h.
Qui a construit l'hôtel de Gadagne ?
Les frères Pierrevive, marchands d'épices d'origine piémontaise, au début du XVIe siècle, d'après le site des musées Gadagne. En 1545, les Gadagne, banquiers florentins, achètent la parcelle nord aux Pierrevive ; l'hôtel en garde le nom.
Quelle différence entre gothique flamboyant et Renaissance dans une cour ?
Le flamboyant privilégie les décors sculptés, les arcs en accolade et les fenêtres à meneaux ; la Renaissance introduit la galerie ouverte, les ordres antiques et les décors italianisants. La maison du Chamarier, au 37 rue Saint-Jean, montre les deux langages dans la même cour.